CEMAC : l’union sacrée contre l’hémorragie de devises

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est aujourd’hui à un tournant critique de son histoire moderne. Certes, les indicateurs affichent une croissance positive, mais la dynamique générale tend progressivement vers le déclin. En cause : une inflation toujours trop élevée, un risque de surendettement croissant, et une baisse des réserves extérieures, malgré des prix du pétrole favorables.
Sur ce dernier point, les États ont engagé une réforme du règlement sur le change, pilotée par la Banque centrale (BEAC), afin d’endiguer la sortie incontrôlée des capitaux de la sous-région et de favoriser le rapatriement des devises. Adoptée en 2018 et entrée en vigueur un an plus tard, cette réglementation des changes constitue un véritable bouclier contre la fuite des capitaux. Auparavant, la sous-région subissait un saignement financier massif : des milliards de francs CFA quittaient la CEMAC sans retour. La BEAC a donc durci les conditions de transfert hors zone pour stopper l’hémorragie.
Désormais, tout transfert significatif de devises ou toute ouverture de compte à l’étranger est soumis au respect d’un certain nombre de préalables. Ces mesures, bien que contraignantes, visent à empêcher les sorties spéculatives et injustifiées qui privent nos usines et projets d’investissement des devises indispensables. Garder les richesses chez nous, c’est autant de moyens en plus pour investir localement ; à l’inverse, chaque devise qui s’enfuit affaiblit notre base industrielle.
Cette rigueur commence déjà à porter ses fruits, en redressant les réserves extérieures de la région. Après avoir chuté de 5,9 mois d’importations à 2,2 mois entre 2014 et 2016, elles ont progressivement été reconstituées pour s’établir à environ 4,6 mois en 2025. Toutefois, la tendance baissière observée ces derniers mois met en lumière deux défis majeurs : étendre l’application du règlement à tous les acteurs économiques, et stimuler la production locale afin de réduire les importations et renforcer notre résilience.
Sur le premier point, le secteur privé – notamment les compagnies pétrolières et minières – déplore des délais rallongés et une bureaucratie alourdie, tout en craignant une application arbitraire de la part de la BEAC. Ces critiques ne justifient pas l’inaction, mais appellent à un ajustement pragmatique du cadre pour le rendre plus équitable et plus efficace. En 2021, les entreprises extractives ont d’ailleurs accepté de collaborer avec la BEAC pour concilier respect des règles et exigences économiques. Tous s’accordent sur l’objectif : renforcer les réserves et stabiliser la monnaie, sans freiner l’activité. Cette volonté de dialogue ouvre la voie à un compromis gagnant-gagnant.
Ceci dit, et c’est tout l’enjeu des travaux de la Finance Week, qui se tiennent ce 17 juin à Yaoundé, la question des changes doit être abordée avec une vision collective et solidaire. Aucun pays ne peut, seul, assurer la stabilité de notre monnaie ; c’est ensemble que nous réussirons à la renforcer et à faire croître notre économie régionale. Une mise en œuvre concertée du règlement enverrait un message fort, celui d’une région unie et maîtresse de son destin monétaire. L’union fait la force ; faisons-en une réalité pour transformer le potentiel de l’Afrique centrale en prospérité partagée.
