Emile Fidieck : « positionner la Finance Week comme un rendez-vous annuel incontournable de réflexion et d’échanges »

Quelles sont les innovations apportées à l’organisation de cette 3e édition de la Finance week ?
Je vous remercie de me donner la parole pour parler de la Finance Week, dont j’ai l’honneur d’être le promoteur. Pour cette troisième édition, nous avons misé sur plusieurs innovations majeures.
La première concerne l’ouverture aux autres pays de la CEMAC. Les deux premières éditions étaient davantage centrées sur le Cameroun. Or, notre journal, à l’initiative de cet événement, couvre éditorialement l’ensemble des six pays de la zone CEMAC. Cette année, nous avons donc tenu à refléter cette dimension régionale. À ce titre, nous attendons la participation d’au moins deux délégations étrangères issues de la sous-région, dont la présence devrait être confirmée d’ici la fin de la semaine.
La deuxième innovation concerne la qualité et la diversité des intervenants. Pour traiter la thématique centrale que nous avons retenue – « Nouvelle réglementation des changes et développement économique en zone CEMAC » – nous avons fait appel aux meilleurs profils dans leurs domaines respectifs. Les participants auront ainsi l’occasion d’être éclairés par des experts issus du secteur bancaire, du monde universitaire, du secteur privé, mais aussi des institutions communautaires. Une sélection pointue qui vise à enrichir la réflexion collective et à garantir la profondeur des échanges.
Enfin, la troisième innovation porte sur la diffusion de l’événement. Cette année, la CRTV est le partenaire média officiel de la Finance Week. Elle assurera la retransmission en direct sur ses plateformes CRTV News et CRTV Web. Elle sera accompagnée dans cette couverture par d’autres médias, notamment Africa 24 et une vingtaine de médias nationaux partenaires. Cette ouverture médiatique vise à donner un rayonnement plus large à nos débats et à toucher un public encore plus large, au Cameroun comme dans l’ensemble de la sous-région.
Le thème retenu cette année est "Nouvelle règlementation de changes et développement économique en zone Cemac", pourquoi ce choix ?
Ce choix s’impose naturellement, car la réglementation des changes adoptée en 2018 et entrée en vigueur en mars 2019 connaît encore aujourd’hui d’importantes difficultés d’application dans notre sous-région. Il s’agit donc d’un sujet à la fois technique et hautement stratégique, au cœur des préoccupations économiques actuelles. Preuve de son importance, cette question a été inscrite à l’ordre du jour du dernier sommet des chefs d’État de la CEMAC, qui s’est tenu en décembre 2024 à l’initiative du président camerounais Paul Biya.
Lors de ce sommet, les six États membres, sous son leadership, ont engagé une réflexion collective avec leurs partenaires financiers autour des solutions à apporter à l’érosion continue des réserves en devises, un phénomène qui alimente les craintes d’une dévaluation du franc CFA. Six ans après sa mise en œuvre, la réforme enregistre des avancées notables dans le secteur bancaire, mais elle demeure freinée dans son application auprès des entreprises, des particuliers, et surtout des opérateurs du secteur minier. Plusieurs courants de pensée s’opposent quant à son efficacité et à sa compatibilité avec les réalités économiques locales. Il est donc essentiel d’approfondir ce débat.
Enfin, la troisième innovation porte sur la diffusion de l’événement. Cette année, la CRTV est le partenaire média officiel de la Finance Week. Elle assurera la retransmission en direct sur ses plateformes CRTV News et CRTV Web.
Il faut rappeler que la réglementation des changes est directement liée aux avoirs en devises, lesquelles déterminent la capacité d’un pays à importer sur une période donnée. Or, dans une région comme la CEMAC, qui dépend fortement des importations faute d’une production locale suffisante, ce lien est vital. Qui dit devises, dit importations, et donc accès aux produits de base pour les ménages comme pour les entreprises.
À ce jour, les réserves de devises de la zone ne couvrent que 4,6 mois d’importations, un niveau jugé fragile, compte tenu de la structure économique de nos États. C’est donc dans cette optique – mettre en lumière les blocages, les contraintes et les zones d’ombre qui freinent la pleine application de cette réforme – que nous avons jugé pertinent de consacrer cette édition de la Finance Week à ce thème.
Notre objectif est de poser un diagnostic lucide, pluraliste et constructif sur l’état d’avancement de la réglementation, en croisant les regards du secteur public, du secteur privé, du monde académique et des institutions communautaires, pour dégager des pistes d’amélioration pragmatiques au bénéfice de nos économies.
Quelles sont vos attentes pour cette 3e édition de la Finance Week ?
Nos attentes s’articulent autour de plusieurs axes. Tout d’abord, nous souhaitons confirmer la position de la Finance Week comme un rendez-vous annuel incontournable de réflexion et d’échanges autour des grandes thématiques économiques et financières qui concernent notre sous-région. L’objectif est que nos lecteurs, tout comme nos communautés d’internautes, se réapproprient la thématique proposée, en l’occurrence celle de la réglementation des changes, afin de mieux la comprendre et de bénéficier d’une information à forte valeur ajoutée, qui puisse éclairer leurs décisions au quotidien.
Notre objectif est de poser un diagnostic lucide, pluraliste et constructif sur l’état d’avancement de la réglementation, en croisant les regards du secteur public, du secteur privé, du monde académique et des institutions communautaires, pour dégager des pistes d’amélioration pragmatiques au bénéfice de nos économies.
Ensuite, nous espérons que les acteurs présents – institutionnels, experts, professionnels du secteur – saisiront l’opportunité offerte par ce cadre pour s’exprimer librement. Cela nous permettra de les écouter, de mieux cerner leurs attentes, et surtout de mieux restituer ces réalités à nos lecteurs. En leur donnant ainsi la parole, nous opérons une forme de bascule : les acteurs économiques deviennent sources, et nous, journalistes, devenons les relais de leur expérience et de leur regard terrain. Cela nous permet de faire notre métier autrement, avec davantage de proximité, de profondeur et d’ancrage.
Enfin, nous avons la volonté que cet événement favorise des rencontres physiques et directes entre les acteurs économiques, financiers et la presse. Créer un espace de civilité et de dialogue apaisé, où chacun peut s’exprimer librement, tisser des liens, échanger des contacts, et où la circulation d’une information fiable et crédible est encouragée tout au long de l’année. Nous croyons fermement qu’il est nécessaire, de temps à autre, de sortir du cadre strictement institutionnel pour créer ces ponts informels mais essentiels entre les principaux acteurs de l’économie régionale et les médias spécialisés.
En résumé, cette 3e édition de la Finance Week est pensée comme un moment de consolidation, d’écoute active et de mise en réseau, au service d’un écosystème plus éclairé, plus fluide et mieux connecté.
