Finance Week 2026 : Yaoundé, carrefour des échanges sur l’investissement privé en zone CEMAC

C’est désormais une question d’heures. Ce 30 avril 2026, l’Hôtel Star Land de Yaoundé accueillera la quatrième édition de la Finance Week, un rendez-vous qui, en l’espace de trois ans, s’impose comme l’un des principaux carrefours de réflexion économique en Afrique centrale. À la veille de l’ouverture, les derniers réglages s’accélèrent, dans une organisation qui se veut à la fois plus ambitieuse, plus structurée et plus visible.
Organisée par EcoMatin, média économique de référence en zone CEMAC, cette édition 2026 se distingue d’abord par son positionnement. Là où les précédentes avaient exploré les marchés financiers ou les enjeux réglementaires, le focus est désormais assumé : placer le secteur privé au cœur de la dynamique de transformation économique de la CEMAC. Un choix qui résonne avec les fragilités actuelles des économies sous-régionales, encore largement dépendantes de la dépense publique et des rentes extractives.
Une montée en puissance organisationnelle
À Yaoundé, tout est donc mis en place pour accueillir un public annoncé plus dense. Plus de 500 participants sont attendus, avec une diversité d’acteurs qui confirme l’élargissement du périmètre de la Finance Week : décideurs publics, régulateurs, dirigeants de banques, investisseurs institutionnels, entrepreneurs et experts.
Cette montée en puissance ne se limite pas à la participation physique. Les organisateurs ont misé cette année sur un déploiement digital renforcé, avec des retransmissions en direct sur plusieurs canaux. Les plateformes numériques d’EcoMatin joueront un rôle central dans ce dispositif, aux côtés d’une trentaine de médias partenaires nationaux et internationaux. Ainsi, la CRTV, télévision publique camerounaise, assurera la retransmission en direct sur ses chaînes d’information, tandis que d’autres comme Africa 24, viendront amplifier la couverture. L’objectif est clair : sortir l’événement de son cadre physique et en faire un espace de débat accessible à une audience élargie, bien au-delà des murs du Star Land.
Un thème au cœur des urgences économiques
Placée sous le thème « Investissement privé : bâtir la nouvelle puissance économique de la CEMAC », cette quatrième édition s’inscrit dans une logique de basculement. Elle part d’un constat largement partagé : le modèle économique actuel atteint ses limites.
Dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes et de volatilité des revenus pétroliers, les États peinent à financer seuls le développement. D’où la nécessité, désormais, de mobiliser davantage le secteur privé, qu’il s’agisse de capitaux locaux ou internationaux.
Mais derrière ce consensus apparent, les défis restent nombreux. Accès limité au crédit, faiblesse des marchés de capitaux, déficit de confiance, environnement des affaires encore perfectible : autant de freins qui interrogent la capacité réelle du secteur privé à jouer ce rôle moteur. C’est précisément cette équation que la Finance Week 2026 entend mettre au cœur des débats.
Un programme structuré autour des leviers de financement
Pour décliner ce thème, le programme a été construit autour des principaux maillons de la chaîne de financement. Deux présentations introductives, quatre master class et deux sessions de type « CEO Talk » rythmeront la journée.
En ouverture, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, est attendu pour une intervention inaugurale consacrée à la création d’un environnement pro-investissement. Il devrait revenir sur les réformes engagées pour améliorer le climat des affaires, renforcer la confiance des investisseurs et développer les partenariats public-privé dans des secteurs jugés prioritaires comme l’énergie, les infrastructures ou l’agriculture.
Sur le volet du financement du développement, Dieudonné Evou Mekou, président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), animera une master class dédiée aux défis d’accès aux capitaux longs. Une problématique récurrente dans une région où les besoins en infrastructures et en industrialisation restent massifs.
La dimension macroéconomique sera portée par Yvon Sana Bangui, gouverneur de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), qui apportera son analyse de la conjoncture régionale et des perspectives économiques.
Sur le terrain des marchés financiers, Jacqueline Adiaba Nkembe interviendra sur les opportunités de financement du secteur privé. Son intervention devrait mettre en lumière les dynamiques récentes du marché régional, tout en soulignant les défis persistants liés à la liquidité, à la profondeur et à l’attractivité de la place financière communautaire.
Autre séquence attendue, celle consacrée aux investisseurs institutionnels, avec Richard Evina Obam, qui abordera la transformation des caisses de dépôts en acteurs structurants du financement de long terme. Une évolution jugée essentielle pour mieux canaliser l’épargne domestique vers l’investissement productif.
Enfin, Marcel Ondele apportera un éclairage technique sur la réforme du capital minimum des établissements de crédit, un chantier majeur pour la solidité du système bancaire régional.
Le secteur privé en première ligne
L’une des spécificités de cette édition réside dans la place accordée aux acteurs privés eux-mêmes. À travers le format « CEO Talk », la Finance Week entend dépasser le cadre institutionnel pour confronter les discours à la réalité du terrain.
Le président du GECAM, Célestin Tawamba, interviendra ainsi sur les motivations et les contraintes liées à l’investissement en zone CEMAC. Une prise de parole attendue dans un contexte où le secteur privé, bien que régulièrement présenté comme moteur de la croissance, continue de faire face à des obstacles structurels.
De son côté, le Direteur général de la CNPS Mekulu Mvondo Akame abordera la question de la mobilisation de l’épargne africaine, en mettant en avant le rôle des caisses de retraite et des investisseurs institutionnels dans le financement de long terme. Ces échanges devraient permettre de croiser les regards entre décideurs publics et acteurs économiques, dans un format plus direct, plus interactif, et potentiellement plus critique.
Impact attendu
Au-delà du contenu des échanges, la Finance Week 2026 mise sur une visibilité accrue. Le dispositif digital déployé cette année traduit une volonté d’élargir l’audience et de démocratiser l’accès à l’information économique.
Avec des retransmissions en direct, des interactions en ligne et une couverture médiatique renforcée, l’événement cherche à dépasser le cercle des initiés pour toucher un public plus large, y compris les jeunes professionnels, les étudiants et les entrepreneurs.
À la veille de son ouverture, la Finance Week 2026 se présente donc comme un rendez-vous à la fois attendu et scruté. Attendu, parce qu’elle offre un espace rare de dialogue entre acteurs d’un écosystème encore fragmenté. Scruté, parce que les enjeux abordés — financement, investissement, rôle du secteur privé — touchent au cœur des défis économiques de la région.
Dans un environnement marqué par l’incertitude et les contraintes structurelles, l’événement porte une ambition : contribuer, à son échelle, à redéfinir les contours du modèle économique de la CEMAC. En d’autres termes, faire émerger des pistes concrètes, capables d’alimenter une dynamique de transformation durable en Afrique centrale. C’est tout l’enjeu du rendez-vous qui s’ouvre jeudi à Yaoundé.
