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Réglementation des changes : pour Yaoundé, un excès de rigidité pourrait nuire à l’attractivité des investissements

Réglementation des changes : pour Yaoundé, un excès de rigidité pourrait nuire à l’attractivité des investissements

C’est par une adresse à forte tonalité réformatrice que Gilbert Didier EDOA, Secrétaire général du ministre des Finances du Cameroun, représentant ce dernier, a lancé les travaux de la troisième édition de la Finance Week, tenue le 17 juin à Yaoundé. Placée sous le thème « Nouvelles réglementations des changes et développement économique en zone CEMAC », cette édition a mis en lumière les tensions persistantes entre exigences de souveraineté monétaire et besoins d’attractivité économique.

Mobilisation effective des devises

Le premier enjeu, selon le SG du Minfi, repose sur la mobilisation effective des devises, qui se heurte encore à des freins opérationnels, notamment la lourdeur des démarches, le défaut d'information ou parfois une volonté délibérée de contournement. Il a insisté sur la nécessité de rendre l'application de la réglementation à la fois rigoureuse et intelligible. Un autre défi mis en exergue est celui de l'attractivité de l'environnement réglementaire. Un excès de rigidité pourrait, alerte-t-il, nuire à l’attractivité des investissements. Gilbert Didier EDOA a suggéré de maximiser la communication autour de ce dispositif réglementaire adopté en 2018, pour montrer comment il concilie sécurité des transactions, visibilité des procédures et stabilité juridique. «Un cadre trop rigide ou perçu comme tel pourrait décourager les investisseurs. Il est donc crucial que nous fassions les efforts pour expliquer que notre réglementation concilie sécurité des transactions, visibilité des procédures et stabilité juridique afin de renforcer la confiance des opérateurs nationaux et internationaux», a t-il déclaré.

Digitalisation des procédures

Le représentant du ministre des Finances a également insisté sur le rôle stratégique des banques commerciales, qui doivent assumer la conformité réglementaire tout en préservant la fluidité des opérations économiques. Elles ont besoin d'un cadre de concertation constant, d'un outil de contrôle efficace et d'un accompagnement approprié pour remplir leurs missions dans les meilleures conditions. La digitalisation des procédures de changes apparaît comme un levier indispensable pour accélérer les traitements, réduire les coûts et accroître la transparence. Les plateformes électroniques déjà en place, comme Sydonia World ou Beac Change, doivent être interconnectées et déployées pour assurer une traçabilité complète des flux.

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La compatibilité de la réglementation avec les libertés économiques régionales est également un enjeu crucial, car l'équilibre entre rigueur monétaire et intégration économique doit rester au centre des préoccupations. Le sixième enjeu est celui de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Le contrôle et le rapatriement des devises permettent d'endiguer les flux illicites, de détecter les circuits parallèles et de prévenir les menaces à la stabilité financière et sociale.

Enfin, partant du constat selon lequel «le respect des obligations des changes doit devenir un réflexe de bonne gouvernance», Gilbert Didier EDOA a déclaré : « Nous devons engager des réformes structurelles pour réduire notre demande en devises, renforcer le commerce intra régional et pourquoi pas aller au-delà. Nous fondons beaucoup d'espoir sur la Zlecaf, qui devra élargir l'espace commercial et l'espace de changes des biens et services, ainsi que sur le projet de création de la monnaie continentale africaine, qui permettra d'élargir le marché et de réduire notre dépendance aux devises ».

Appel à la responsabilité collective

Le représentant du gouvernement a conclu en appelant à une mobilisation de tous les acteurs : États, banques, entreprises, organisations professionnelles. Les banques commerciales doivent renforcer leur rôle de conseil, d'innovation et de pédagogie auprès de leur clientèle. Les entreprises doivent respecter les obligations de change et faire preuve de responsabilité et de civisme économique. Les organisations professionnelles doivent relayer l'information, former leurs membres et contribuer à l'assainissement du climat des affaires. De leur côté, les gouvernements doivent poursuivre la mise en œuvre de la politique d'import-substitution. Objectif commun: faire faire du rapatriement des devises un outil de confiance, de stabilité et prospérité partagée.

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