Yvon Sana Bangui : « La stabilité monétaire demeure le socle de la prospérité de la CEMAC »

Monsieur le Gouverneur, dans quel contexte économique intervient cette édition 2026 de la Finance Week ?
Cette édition 2026 de la Finance Week intervient dans un contexte international particulièrement marqué par les incertitudes géopolitiques, les tensions sur les marchés énergétiques et les pressions inflationnistes mondiales. Le conflit au Moyen-Orient continue notamment de perturber les chaînes d’approvisionnement internationales et d’exercer une pression sur les prix du pétrole et des produits importés.
Selon les projections du FMI, la croissance mondiale reviendrait à 3,1 % en 2026 après 3,4 % en 2025, tandis que l’inflation mondiale atteindrait 4,4 %. Dans cet environnement complexe, aucune économie ne peut prétendre évoluer en vase clos, y compris la CEMAC.
C’est précisément pour cette raison que des plateformes de réflexion comme la Finance Week revêtent une importance stratégique. Elles permettent aux décideurs publics, aux opérateurs économiques, aux financiers et aux industriels de dialoguer autour des réponses à apporter aux mutations économiques en cours.
Quels enseignements tirez-vous aujourd’hui de la conjoncture économique de la CEMAC ?
Malgré un environnement international difficile, la CEMAC continue de faire preuve d’une résilience appréciable. La croissance économique de la Sous-région devrait s’établir à 2,9 % en 2026 après 3,5 % en 2025. Cette dynamique demeure soutenue par les secteurs non pétroliers, notamment le BTP, les télécommunications, l’agriculture, les services et certaines activités industrielles.
L’un des principaux acquis demeure la maîtrise de l’inflation. Après les fortes tensions observées en 2022, l’inflation devrait être contenue à 2,3 % en 2026, en dessous du seuil communautaire de 3 %. Cette performance traduit l’efficacité des politiques de stabilisation mises en œuvre par les États et de l’orientation appropriée de la politique monétaire de la BEAC.
Toutefois, des fragilités subsistent. Le déficit extérieur courant se creuse, les finances publiques demeurent sous tension dans certains États et la dépendance aux hydrocarbures continue d’exposer la Sous-région aux chocs externes. C’est pourquoi nous devons accélérer la diversification économique et renforcer les fondamentaux macroéconomiques de notre Union.
Le débat autour d’une éventuelle dévaluation du franc CFA revient régulièrement dans l’espace public. Quel message souhaitez-vous adresser à ce sujet ?
Je souhaite être extrêmement clair : le franc CFA n’est pas menacé et la dévaluation n’est pas à l’ordre du jour. La BEAC publie des données économiques rigoureusement collectées, vérifiées et conformes aux standards internationaux. Les indicateurs relatifs à la croissance, à l’inflation, aux réserves de change ou encore au taux de couverture extérieure reflètent fidèlement la réalité économique de notre zone.
Notre responsabilité est de préserver la stabilité monétaire, car sans stabilité monétaire, il ne peut y avoir ni investissement durable, ni croissance solide, ni paix sociale.
Nos réserves de change demeurent à un niveau confortable. Elles permettraient de couvrir 4,52 mois d’importations en 2026, contre 4,22 mois en 2025. Le taux de couverture extérieure progresse également. Dans ce contexte, les spéculations alarmistes autour d’une dévaluation reposent souvent sur des analyses partielles ou approximatives. Notre responsabilité est de préserver la stabilité monétaire, car sans stabilité monétaire, il ne peut y avoir ni investissement durable, ni croissance solide, ni paix sociale.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis économiques et financiers auxquels la CEMAC doit faire face ?
Les défis sont à la fois conjoncturels et structurels. Au plan conjoncturel, nous faisons face aux tensions géopolitiques internationales, à la volatilité des cours du pétrole, aux contraintes budgétaires de certains États ainsi qu’aux risques inflationnistes liés au coût des importations.
Au plan structurel, le principal défi demeure la diversification économique. Aujourd’hui encore, plus de 70 % des exportations de la Sous-région proviennent des hydrocarbures. Cette dépendance constitue une vulnérabilité majeure. Nous devons également relever les défis liés aux infrastructures, à l’énergie, au climat des affaires, à l’intégration régionale et à la gouvernance économique.
Le développement du secteur privé constitue un levier essentiel pour répondre à ces enjeux. La CEMAC dispose d’un potentiel considérable avec un marché de plus de 60 millions d’habitants, une monnaie stable et des ressources importantes. Nous devons désormais transformer ce potentiel en croissance inclusive et durable.
Quelle est la feuille de route de la BEAC pour accompagner le redressement durable de la Sous-région ?
La feuille de route définie par les Chefs d’État de la CEMAC lors du Sommet extraordinaire de Brazzaville le 22 janvier 2026 repose sur plusieurs priorités stratégiques. La première concerne l’assainissement des finances publiques et la soutenabilité de la dette.
La deuxième vise l’accélération de la diversification économique, notamment dans l’agriculture, les mines, l’industrie manufacturière et les services. La troisième priorité porte sur le renforcement des réserves de change à travers l’application effective de la réglementation des changes et le rapatriement des recettes d’exportation.
Malgré un environnement international difficile, la CEMAC continue de faire preuve d’une résilience appréciable. La croissance économique de la Sous- région devrait s’établir à 2,9 % en 2026 après 3,5 % en 2025.
La quatrième concerne la consolidation du système bancaire régional et la réduction de l’exposition excessive des banques au risque souverain. Pour sa part, la BEAC continuera d’ajuster sa politique monétaire en fonction de l’évolution de la conjoncture afin de préserver la stabilité monétaire et financière de la Sous-région.
Quel appel souhaitez-vous lancer aux acteurs économiques et financiers de la CEMAC ?
Je voudrais lancer un appel à la responsabilité collective et à la confiance. Aux États, j’adresse un message de discipline budgétaire et de poursuite des réformes structurelles.
Aux industriels et opérateurs économiques, j’adresse un appel à investir davantage dans les secteurs productifs, notamment l’agro-industrie, la transformation locale, les infrastructures et le numérique. Aux acteurs financiers, je rappelle leur rôle essentiel dans le financement de l’économie et l’accompagnement des entreprises. La stabilité n’est pas une finalité en soi. Elle constitue le socle indispensable de la prospérité.
La CEMAC dispose des ressources, des talents et des instruments nécessaires pour construire une économie plus intégrée, plus résiliente et plus prospère. Mais cela exige de chacun discipline, engagement et confiance dans notre avenir commun.
